28-30 avril
 
        Encore dans les brumes du petit matin, je prends à l’aéroport de Prague un taxi pour le centre ville. Bercement de la voiture, souplesse des amortisseurs, ajoutés à une nuit écourtée, j’ai des attaques irrésistibles de sommeil. J’écarquille les yeux en vain. Je suis dans une espèce de chaleur cotonneuse et guette, entre deux rêves, ce qui pourrait me signifier Prague avant Prague. A nouveau les yeux se ferment, rêves sans queue ni tête, défilé de visions se tissant avec le spectacle du dehors depuis la vitre arrière du taxi. L’atmosphère change quand un tramway apparaît au milieu de la voie de circulation, il marque une frontière ; ce vieux tram à marchepied teinte le tissu urbain d’un sépia des années d’avant-guerre ; il annonce la ville, mettant un terme à la zone d’architectures hybrides des banlieues.
        Déposé devant l’hôtel, j’ai enfin l’impression d’être réveillé. La femme à la réception parle français et me prévient qu’il y aura beaucoup de bruit cette nuit. Un flot continu de touristes déversés par des vols d’avion à prix cassé submerge les grandes villes européennes en fin de semaine. Déferlement de bandes anglo-saxonnes cherchant bière et sexe, le tout à bas prix, sans jeter un cil sur la ville. Ils passent leur temps à gueuler et à se répandre dans les caniveaux...
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L’intranquille assoupie
(Notes sur Lisbonne)
Philippe Barrot
Novembre 1997
 
Le vent soufflait par rafales dans une Lisbonne en échafaudages à 190 jours de l’Exposition universelle, colonnes masquées, places-labyrinthes de palissades, théâtre des monuments sous draperies, et tous ces volumes de tissus vibraient, entourant la ville d’une musique haletante, une musique sans résolution de chuintement et de craquement, tissus gonflés comme des voiles pour une ville qui resterait à quai.  Lisbonne sous le vent ne prenait aucun cap, elle se tenait à une restauration en cours, hermétique sous autant de voiles occultant son allure.
Atteint par la maladie des touristes : voir les incontournables, je marquais le pas contre l’air imbibé d’embruns et de souvenirs. Je fis une halte dans un lieu historique pour une pâtisserie à la Confeitaria nacional, gâteau à la pâte d’amande mélangée à des pignons grillés payé avec un billet de 1000 escudos (inévitable lecture des objets, et de ce billet en particulier : une caravelle violette, Terra Brazil dans un cartouche, sur fond de forêt équatoriale, entourée de perroquets, de singes sautant de branches en branches et un iguane à la langue bifide rouge, la valeur d’escudos écrite en lettres baroques, gothique flamboyant, comme le « banco de Portugal », réminiscences manuelliennes, à la mesure des églises de Lisbonne, déjà la saudade du fado avec la nostalgie des lointains (...)
 
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Au bord de Prague
Philippe Barrot
Angkor Vat
(Notes)
Philippe Barrot
Départ tôt le matin de Bangkok. La première impression depuis l’arrivée à l’aéroport de Siem Reap est une chaleur sèche qui étouffe. Le vent par rafale soulève une poussière de terre rouge piquant la gorge. Puis en bordure de grandes avenues, une suite de complexes hôteliers déploie un luxe international, avec une panoplie de services, de la piscine à la boutique d’artisanat, et le soir au milieu de jardins abrités par des volumes d’arbres recourbés touchant le sol des représentations de danses traditionnelles vantées par des affiches. Règlements exigés en dollars, la ville est un aspirateur à devises. Les temples sont une monnaie d’échange. Siem Reap  se réduit à un lieu de passage, seul point de chute  sur une carte pour l’accès aux sites.
Des rues en terre battue sur les côtés de ces grandes voies dégagées alignent des bâtiments à l’abandon avec, parfois, au bout d’un terrain, des murs en béton gris apparemment sans destination. Des groupes d’enfants suivent des adultes encombrés d’objets en tout genre, d’autres à moto tirent une remorque pleine de fagots ou de produits pour le marché, la pauvreté défile en ombres chinoises devant la succession des grands hôtels.
 
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Iraj ValipourValipour.htmlshapeimage_5_link_0
Carnet d’un parlementaireCarnet%20d%27un%20parlementaire.htmlshapeimage_6_link_0
Catherine Maria ChapelChapel.htmlshapeimage_7_link_0
L’ordinuscrit
L’écriture-webOrdinuscrit.htmlOrdinuscrit.htmlshapeimage_8_link_0shapeimage_8_link_1
Bruno SibonaSibona.htmlshapeimage_9_link_0
Entretien GraspenRist%20van%20Graspen.htmlshapeimage_10_link_0
Entretien Pierre-Marc de Biasi0758C7DC-7C7B-41EF-95B2-DECD63DCD068.htmlshapeimage_11_link_0
Jean-Claude EmionEmion.htmlshapeimage_12_link_0
AquatiquesAquatiques.htmlshapeimage_13_link_0
Entretien Helene SchmitzHelene%20Schmitz.htmlshapeimage_14_link_0
Philippe JaffeuxJaffeux.htmlshapeimage_15_link_0
Passage à Kyoto
Philippe Barrot
Beaucoup d’ombres sur le chemin des Philosophes, l’air circule autour de nous, une fraîcheur soulageant un peu de la fatigue d’être pris dans la chaleur. Traversée d’un pont, puis  un sentier pentu sous un dôme d’arbres. Je visais un but précis dans cette promenade réputée : la stèle de Tanizaki Junichiro, auteur de Éloge de l’ombre. Cette stèle était assommée par une ombre trop forte, asphyxiant les caractères kanjis de noir. Je clichais sous tous les angles la stèle, pour un résultat médiocre : la charge littéraire de l’écrivain ne dépassait pas l’architecture de pierre.
 
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