Les Médias parlent des Chroniques
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Recension de Sophie d’Alençon des Chroniques

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Les Chroniques du ça et là, la revue de Philippe Barrot, n’est pas à proprement parler une revue « de poésie » mais elle propose des textes poétiques et des poèmes. Les numéros 2 et 3 s’organisent autour d’un thème, écriture et ordinateur, de fictions, de nouvelles, de poèmes, de textes inclassables. Le numéro 2 poursuit un travail autour de la fiction, sous toutes ses formes, et étudie les effets de la technologie sur la critique littéraire, la lecture, l’écriture… Philippe Barrot choisit ensuite d’inscrire sa revue dans le présent historique en publiant des textes qui s’apparentent à des journaux ou des carnets. On lira, par exemple, Atom-Nâmeh (l’épopée de l’atome), d’Iraj Valipour, passionnante plongée dans l’Iran actuel ou récent. Viennent ensuite des nouvelles, de superbes photos, et enfin des poèmes inédits de Marie Gabriel Guez Ricord, publiés sous le titre de Lacrima Verrae. Le numéro 3 présente un document d’actualité, étant donné les commémorations à venir : des extraits du journal inédit d’un poilu dont le nom n’a pas été retrouvé. C’est toujours impressionnant de lire ce genre de document, de se souvenir qu’il y a cent ans, simplement cent ans, les grands pères de nos pères vivaient cette atrocité : 14-18. Puis, le sommaire donne à lire L’intranquille assoupie, de belles notes sur Lisbonne, évidemment, signées Philippe Barrot. Vient ensuite un fort texte de Jorge Aravena, Jeunesse au Chili, sur l’époque de Pinochet, et l’enfance sous la dictature. Toujours de superbes photos, une dizaine de nouvelles, et un ensemble intitulé « Poésie persane & post-islamisme », présenté par Sepideh Jodeyri, dossier qui à lui seul légitime l’acquisition de ce troisième numéro des Chroniques du ça et là. Sophie d’Alençon, Recours au Poème
 
La dernière livraison de la revue NUNC, intitulée en son 33ème numéro "revue vivante", est dédiée à la mémoire d'Angelo Giuseppe Roncalli et de Karol Jozef Wojtyla, c'est à dire aux papes Jean XIII et Jean-Paul II.
Que notre époque puisse encore reconnaitre des saints, et ajouter à la Légende Dorée, voilà ce à quoi rendent hommage les animateurs de NUNC.
Il faut dire que les médias français nous polluent chaque jour avec des faits divers, instruisant nos esprits par des réquisitoires anxiogènes et destructeurs, et que pendant ce temps les chrétiens se font massacrer en Irak tandis que l'on accepte que des adorateurs de la pierre noire brisent des statues de la Vierge Marie dans un silence oublieux.
Les médias français, représentés par les hauts représentants de l'état, n'acceptent ni les opinions chrétiennes ni les antidémocrates musulmans. Dès lors comment traiter la poussée meurtrière et  conquérante verte contre les chrétiens qui ne méritent que le mépris de la part des consciences laïcistes ? Eh bien en imposant un flux tendu de focus sur des faits divers.
Ceci est un héritage, un héritage récent, malaxant la mémoire courte des individus de ce temps et masquant l'héritage ancien qui a constitué un absolu pour notre civilisation.
Lorsque le pape François se déplace à Séoul, 1 million de chrétiens se déplacent pour le voir. On voudrait nous faire croire que le christianisme, de par le monde, est en reflux ; qu'il n'intéresse plus personne et n'a plus de part active dans la conscience et le cœur des contemporains.
Propagande. Manipulation. Lavage de cerveau. Nous sommes bien dans un vaste régime totalitaire travaillant à la dé-spiritualisation de l'humain.
D'aucun diront que le Vatican fait un coup de com' en produisant des saints, que le peuple chrétien, désemparé, a bien besoin d'un renouvèlement et de nouveaux modèles.
Certes, certes, nous pouvons le voir ainsi.
Mais enfin ce sont deux papes, deux hommes ayant fait exemple au cours de leur vie, deux êtres admirés par la communauté chrétienne, quand on remet la légion d'honneur à l'obscur libraire ayant prétendument apporté la culture dans une région tellement peu développée qu'elle connait le plus fort taux d'obtention au baccalauréat. Hum...
 
NUNC, revue vivante, donc.
Ce 33ème numéro est consacré au poète Joë Bousquet. Un large dossier dirigé par Hubert C. et Jean Gabriel Cosculluela. Tous les poètes connaissent la vie et l'œuvre de Joë Bousquet. Mais tout le monde en a-t-il entendu parler ? Le doute étant de mise, ce dossier lui étant consacré relève d'une importance majeure.
Bousquet, mobilisé en 14-18, est touché par une balle allemande à la colonne vertébrale. Il se retrouve paralysé, perdant l'usage de ses membres inférieurs, à vie. Il a 21 ans.
Son univers deviendra sa chambre aux volets définitivement fermés, son lit, les livres et les visites qu'il va recevoir de toutes part. C'est là qu'il va élaborer son œuvre géniale.
Les signatures de ce dossier spécial disent l'éminence du poète : Michel Surya étudiant l'érotique de la langue de Bousquet ; Jean-Luc Nancy, le comédien Denis Lavant, Françoise Bonardel se plongeant dans la correspondance entre Bousquet et Simone Weil (la philosophe) ; Bernard Noël fasciné par la chambre légendaire du poète ; Edith de la Héronnière se concentrant sur "la nuit à Carcassone", mais aussi Jean-Pierre Téboul, Paul Giro, Christine Michel, Adriano Marchetti, Olivier Houbert, Alain Freixe, Yolande Lamarain, ainsi que des inédits de Joë Bousquet lui-même, bref, un dossier substantiel définissant l'apport du regard de Joë Bousquet à la langue, à la conscience, à la vision poétique. Bravo NUNC, revue vivante, donc.
 
 
 
Recension dans Harfang de mars 2014
Une nouvelle revue littéraire (semestrielle) que je découvre alors qu'elle en est à son numéro 5 : Chroniques du çà et là. Titre qui témoigne d'un beau souci d'ouverture et de vagabondage ! Le thème de l'Invasion végétale qui donne à lire deux nouvelles, l'une de Jean-Pierre Andrevon et l'autre de Lawrence Simiane, a particulièrement retenu mon attention. Jean-Pierre Andrevon, dans Conflits de cultures, décrit un monde où l'humanité a été remplacée par des plantes devenues folles tant elles ont été génétiquement modifiées. Ces plantes, censées à l'origine nourrir les hommes, continuent d'acquérir de nouvelles caractéristiques qui les rendent encore plus dangereuses car elles ne connaissent plus qu'une seule règle : lutter pour survivre. D'ailleurs Andrevon termine sa nouvelle par ces mots apocalyptiques : "Demeurent tous ces végétaux génétiquement transformés, qui mutent et mutent, et se battent, branches contre branches, épines contre fibrilles urticantes, tiges contre flagelles, graines contre cosse, racine contre racine.  Et se battent et se battent. Encore  et encore." Métaphore de la société de consommation ? Sans doute mais pas seulement, car à voir la folie des végétaux qui continuent à muter en l'absence de l'homme, on se dit que ce dernier joue actuellement à l'apprenti sorcier… Lawrence Simiane, dans un tout autre registre, donne avec Glycinus Gueldrotus, une histoire tout aussi inquiétante.  C'est une simple glycine qui finit par mettre en danger l'existence même d'une maison par son développement intrusif. Tandis que les occupants de la fermette ne voient pas le développement des algues vertes qui, non seulement ont colonisé la baie en contre-bas de la maison, mais se lancent à l'assaut des terres ! L'homme était un loup pour l'homme, il en deviendra le fossoyeur. Il serait imprudent de dire qu'il ne s'agit là que d'élucubrations d'hommes de lettres car les photographies et l'entretien de Helene Schmitz à propos du kudzu montrent que l'apocalypse est en route, si on n'y prend pas garde.
Il n'est pas question dans ce compte-rendu de passer en revue toutes les contributions. Un mot, cependant relativement à deux qui m'ont intéressé au plus haut point. Tout d'abord l'étude d'Iraj Valipour sur  La Géopoétique  de la vallée du Yaghnob sous-titrée Contribution à la poésie alpine et son style vernaculaire. Je ne sais pas Valipour emprunte à Kenneth White ce concept de géopoétique mais il met en évidence la concordance serrée entre le paysage et la poésie des Yaghnobis qui vivent dans la vallée du Yaghnob, une rivière du Tadjikistan au nord de Douchabé au cœur de l'Asie centrale. L'interaction entre l'homme et la nature est sensible dans les poèmes collectés par Iraj Valipour. Ce texte, qui mêle la géopoétique et l'Histoire, est captivant même si l'on peut se poser des questions sur le retour à la nature que défend l'auteur : a-t-il encore un avenir devant de rouleau compresseur de l'industrie touristique ? 
À signaler aussi la note de lecture signée du même auteur à propos du recueil de Philippe Jaffeux, Courants blancs, qui donne à lire des ghazals de sa façon. Je ne pouvais qu'apprécier cette note, sortant d'une relecture du Fou d'Elsa d'Aragon…
Cette livraison de Chroniques du çà et là est d'une tonalité plutôt sombre qui ne laisse rien augurer de bon quant à l'avenir de notre société et de la planète, si l'on rapproche cette étude de Valipour des trois contributions signalées d'Andrevon, Simiane et Schmitz…  Mais la volonté affichée de la revue de mélanger les genres, la place accordée à la nouvelle, à la photographie et au récit de voyage ainsi que le texte, mystérieux et poétique, de Gabrielle Gauzi laissent le lecteur optimiste, du moins quant à l'avenir de la revue… Recours au Poème
 
Le dernier numéro des Chroniques du çà et là, entièrement consacré au Japon, est un régal aussi bien pour ceux qui rêvent de ce pays mais n’y ont jamais mis les pieds que pour ceux qui ont pu y voyager et rêvent d’y retourner. C’est un recueil d’interviews et de photographies, de poèmes et de gravures, d’essais et de dessins, qui réussit à s’écarter des représentations éculées que nous pouvons avoir de l’archipel japonais, la mosaïque proposée permettant ainsi de rendre compte de la richesse et de la diversité de la culture japonaise, qu’elle soit moderne ou ancestrale.
Certains des textes proposent un regard érudit sur un ou plusieurs aspects de la culture japonaise, tels que la figure canonique de Mishima, la littérature criminelle, ou le manga. Un entretien avec Corinne Atlan, qui a largement aidé à la diffusion de la littérature japonaise contemporaine en France, notamment en traduisant Murakami Haruki, lui permet d’évoquer la place des écrivaines dans le paysage littéraire du Japon actuel, ainsi que les difficultés spécifiques que pose la langue japonaise en traduction. Maurice Mourier aborde la figure internationalement reconnue de Murakami pour en faire ressortir la « japonitude ». La fiction de Murakami a beau être très contemporaine, et truffée de références à la culture occidentale, elle n’en recèle pas moins au cœur, selon Mourier, « l’animisme du vieux pays ».
Le monde du théâtre n’est pas en reste : Mireille Michel se tourne vers le Noh (et Christophe Penot vers le Kabuki), afin d’en faire ressortir la sensibilité si singulière.
D’autres auteurs nous livrent un témoignage plus personnel, tels que Philippe Barrot, le directeur de publication, qui relate son passage à Kyoto, ou Emmanuel Steiner qui utilise la forme d’un journal de bord lyrique à la troisième personne. Bruno Sibona, lui, voyage à Tôkyô : il s’y était rendu vingt-six auparavant pour pratiquer l’art du tir à l’arc ; son retour est l’occasion pour lui de mêler la prose de ses souvenirs à des poèmes méditatifs. Ces regards personnels viennent parfois de l’intérieur même du pays : Kimiko Rayment ouvre le volume par une Lettre de Chiba – Chiba étant une ville située à 250 kilomètres au sud de Fukushima. À la suite de la tragédie, elle condamne le gouvernement japonais et la compagnie propriétaire de la centrale nucléaire qui cherchent de concert à dissimuler la gravité des faits.
Enfin, plusieurs artistes ont créé des œuvres qui font intervenir à la fois une dimension visuelle et une dimension textuelle, notamment à travers la calligraphie, tirant parti de cette étanchéité entre les arts pour faire émerger une image plus complexe et subtile du Japon. Dans Sukima (qui veut dire fente oufissure, et que l’auteure traduit par interstice), Lucile Druet encadre un poème de photographies capturant cet instant d’entre-deux qui caractérise son expérience du Japon. Aimi mêle également trois autoportraits en noir et blanc (intitulés Le passé, Le présent et Le futur) à un poème, qui nous est donné en français et japonais et qui cristallise la mélancolie face au temps. D’autres s’amusent à renverser notre perspective habituelle sur le monde environnant : ainsi, Desa Philippi photographie ce qui se reflète dans des miroirs routiers, amenant une réflexion subtile sur le jeu – de miroir, précisément – entre le Je et l’Autre que nous percevons comme étranger.
Ce numéro de Chroniques du çà et là nous offre donc une vision riche du Japon, qui éveillera certainement une furieuse envie de voyager…
 
AK Afferez (La Cause littéraire)